Repères historiques sur le génocide des Tutsi au Rwanda
Panneau n°2
Mis à jour le vendredi 4 avril 2025 , par
Avant 1994 au Rwanda, le processus génocidaire
Un climat de haine a été instauré à travers une propagande raciste héritée de la période coloniale belge. Les Rwandais sont séparés en deux catégories les Tutsi, minoritaires et les Hutu.
Dès l’indépendance (1962), les Tutsi sont progressivement exclus de la société rwandaise ; ils ne peuvent pas accéder à des postes d’État, à la propriété foncière et surtout à l’éducation, car une politique de quotas limite drastiquement leur accès à l’école.
Dans ce contexte, la famille de Scholastique Mukasonga a subi de nombreuses discriminations. Comme beaucoup d’enfants tutsi, elle a difficilement pu accéder à l’école secondaire et a été confrontée à un climat de harcèlement et de stigmatisation qu’elle décrit dans plusieurs de ses ouvrages.
Dans les années 1990, le régime du président Juvénal Habyarimana a intensifié la répression contre les Tutsi, élaborant des listes de personnes à éliminer et soutenant la création de milices extrémistes, notamment les Interahamwe.
Les 100 jours du génocide
Le 6 avril 1994 marque le début du génocide des Tutsi après l’assassinat du président Juvénal Habyarimana. Dès le lendemain, les autorités militaires, la gendarmerie et les milices Interahamwe, commencent les massacres, traquant les victimes dans leurs maisons et villages. Les victimes sont les voisins ; les bourreaux génocidaires sont aussi des villageois. La radio Mille Collines joue un rôle clé en appelant aux massacres et en diffusant des listes de Tutsi à exterminer.
Des barrières, sorte de barrage routier, sont mises en place pour empêcher toute fuite. Les armes utilisées incluent les massues (responsables de 16,8 % des victimes), les armes traditionnelles comme les machettes et serpettes, ainsi que les armes à feu, responsables de 14,8 % des morts.
Les livraisons d’armes auraient continué après avril 1994 malgré un embargo. La France, pendant la présidence de François Mitterrand, a soutenu le régime en place avant le génocide (opération Noroît, 1990-1993) ; une coopération militaire a été établie fournissant des armes et assurant la formation des Forces Armées Rwandaises (FAR) et des milices. Cette aide a entraîné des conséquences majeures pendant le génocide.
En mai 1994, les massacres s’intensifient dans tout le pays, y compris dans des églises censées être des refuges, comme à Ntarama. L’ONU, bien que présente via la MINUAR, ne parvient pas à stopper les tueries. Le nombre de soldats de la mission est réduit de 2 500 à 270, rendant toute intervention impossible.
En juin, le Front patriotique rwandais (FPR), dirigé par Paul Kagame, intensifie son offensive contre les FAR et les milices Interahamwe. Le 22 juin, la France lance l’opération Turquoise sous mandat de l’ONU, instaurant une « zone humanitaire sûre » dans le sud-ouest du Rwanda. Cependant, cette mission est critiquée, car elle facilite la fuite de nombreux génocidaires vers le Zaïre (actuelle RDC).
Le 4 juillet 1994, Kigali tombe aux mains du FPR, marquant un tournant décisif. Le 18 juillet, Gisenyi, dernier bastion du régime, se rend entraînant la fuite massive des génocidaires et une crise humanitaire dans les camps de réfugiés au Zaïre tout proche. Le génocide prend officiellement fin, laissant le pays profondément meurtri.
Le bilan humain et matériel est catastrophique. En cent jours, 1 074 017 personnes ont été massacrées, soit environ 10 % de la population rwandaise. Parmi elles, 93,7 % étaient des Tutsi ; certains Hutu modérés et des Twa ont aussi été assassinés.
Le nombre des victimes, la violence des crimes et l’intention délibérée d’exterminer un groupe ethnique spécifique, en ciblant les femmes et les enfants permettent de qualifier ces tueries de masse de génocide.
La typologie et les lieux des crimes concourent à préciser juridiquement la définition de crime de génocide. Les auteurs du génocide banalisent les massacres en parlant de mener un « travail » et en désacralisant les lieux de refuge comme les écoles et les édifices religieux. À l’école technique officielle de Murambi, entre 35 000 et 40 000 personnes furent tuées dans la nuit du 21 au 22 avril 1994. Les violences sexuelles sont massives ; entre 150 000 et 250 000 femmes furent violées, entraînant des traumatismes physiques et psychologiques durables ainsi qu’une hausse des infections par le VIH/sida.
L’humiliation des victimes s’est poursuivie après leur mort, leurs corps étant abandonnés dans les rues ou entassés dans des fosses communes. Les génocidaires ont tenté d’effacer les traces de leurs crimes en brûlant les cadavres ou en les jetant dans les rivières, avant de fuir vers le Zaïre.
Le pays a également subi d’importantes destructions matérielles. Les écoles, les hôpitaux et les routes ont été ravagés, ralentissant durablement le développement économique et social.
Dans les années suivantes, des procès sont organisés pour juger les responsables, notamment par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), créé en novembre 1994.Il a condamné 612 personnes pour crimes de génocide et violations du droit humanitaire. Les juridictions locales Gacaca ont été progressivement organisés afin que la justice soit rendue et que s’applique l’imprescriptibilité des crimes de génocide.
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